Arthur Arutkin champion de France longue distance 2014

Arthur Arutkin remporte la longue distance des championnats de France 12’6 de Quiberon. Une victoire qui impressionne dans des conditions techniques.

Quand nous avons appris la victoire d’Arthur Arutkin sur la longue distance du championnat de France 2014, organisé par la fédération française de surf avec l’appui et la logistique de l’ENVSN de Quiberon, nous avons été à moitié surpris. En effet, si le grand favori de ce parcours annoncé « downwind » et d’anthologie était la veille de la course le champion du monde ISA, le calédonien Titouan Puyo, il n’était pas le seul en lice, ses challengers étaient nombreux. Aussi, il était donc plausible que cette tête de série se fasse surprendre. C’est un jeune nordiste, rameur en CDD, bachelier avec mention bien, stand up paddler qui consacre beaucoup de son temps à martyriser du matos de windsurf de vagues sur son spot de Wissant, quitte à accumuler les blessures, qui se chargera de la surprise. Arthur Arutkin s’est imposé sur cette épreuve, le voilà champion de France 2014 de longue distance.

Il y a plusieurs enseignements à retirer de cette longue distance 2014 des championnats de France de Quiberon. La première est que l’on ne s’improvise pas directeur de course d’une telle discipline. Il faut un sens marin et des compétences pour prévoir un parcours en fonction d’une météo changeante. Toute improvisation peut tourner vinaigre. En 2013, à Canet en Roussillon, le directeur de course Fred Bonnef avait crevé l’écran malgré la tempête annoncée. Il avait su ménager la sécurité des coureurs et des bénévoles, le plaisir sur les parcours, et les desiderata des communes, des élus et sponsors. Pas simple. En 2014, il n’en sera pas de même. À voir le nombre de coureurs, hommes et femmes, se plaignant de douleurs sourdes dans l’épaule droite et crampes au mollet droit, c’est qu’il y a eu, et passez-nous l’expression, comme une grosse couille dans le potage.

Annoncé downwind la veille, le parcours sera donc ce samedi 8 novembre, side sur les deux tiers et downwind sur le tiers restant. Juste de quoi justifier une réelle frustration de la part des coureurs inscrits. Certes, certains d’entre eux avaient alerté l’organisation, arguant qu’avec un vent à 210 ° et un parcours à 245°, il y aurait un petit problème. Mêmes les habitués du spot, les surfskis se préparant à se mettre à l’eau ce matin, chasseurs avertis de downwind autour de la pointe de Quiberon, s’amusaient de voir les concurrents partir de Port d’Orange pour rallier La Trinité sur Mer. Eux optaient sagement pour le Port Haligien (s’assurant ainsi un axe favorable), le parcours idéal aurait alors été de rallier la grande plage de Carnac au départ de l’extrémité de la pointe de Quiberon. À sa décharge, la direction de course doit composer avec un avis de grand frais, un départ anticipé et la gestion de la course des jeunes (remportée par le jeune calédonien Clément Colmas).

Alors quand le départ est lancé, à marée basse, que les participants courent sur le sable pour avoir assez de fond et filer au large dans ce qui ressemble malheureusement à une belle kermesse fédérale, un seul coureur prend une option assez osée, celle du large face au vent : Arthur Arutkin. « Je suis parti rapidement devant sur ma Fanatic Falcon 2015 de 24’’75. C’était la planche parfaite car elle est assez volumineuse et épaisse. Je me suis juste fait surprendre au départ, une petite chute rapide sans conséquence, car j’ai rapidement pris la tête de la course et profité de cette position pour m’assurer une marge d’erreur et remonter plus au vent. En étant le plus au vent, j’étais certain de ne pas louper la bouée (une porte imposée sur le parcours au briefing, ndlr) qu’il n’était pas possible de distinguer. Je ne voulais surtout pas être obligé de remonter un peu plus au vent pour la passer au 2/3 du parcours. » Un choix judicieux, d’autant qu’Arthur Arutkin a la caisse. Il l’a dernièrement prouvé à Hawaii sur les SUWS (meilleur français sur les sprints) ou bien encore sur le SUWT dans les vagues (3ème tour tout de même). Il a aussi rivalisé avec Gaétan Séné sur l’Odet lors de la City Race en marge de l’épreuve de vagues de La Torche. Et pour ceux qui auraient la mémoire courte, il aurait certainement pu accrocher le champion de France 2013 Titouan Puyo sur lequel il revenait très fort au finish si le jeune Arutkin n’avait pas chuté si près du but. Partie remise me direz-vous. En 2014, le Sieur Arutkin met une minute et trente secondes à Titouan Puyo qui se refaisait pourtant la cerise sur les deux miles de downwind. Le Calédonien reviendra sur Gaétan Séné (4ème de ce France, parti assez sagement avec le vent de side sur sa Starboard Ace de 25’’ de large pour gérer ensuite le downwind). Titouan Puyo déposera ensuite Éric Terrien (beau 3ème malgré de nombreuses chutes). Chez les filles, Céline Guesdon, favorite annoncée, ne se laisse pas surprendre et s’impose. Seule surprise, la disqualification de la seconde Valérie Vitry pour une porte non passée.

Alors que retenir de cette longue distance ? Que c’était une course physique et taillée pour une élite du stand up. Ils étaient nombreux, parmi les meilleurs Français, à demander des courses « élitistes » plus engagées. Ils sont quelque part servis mais à la fois frustrés, à l’image de la flotte car il y avait mieux à faire sur ce plan d’eau. Si les 20 premiers ont su gérer le parcours, il est dommage de ne pas avoir pensé au reste des participants, aux abandons et au sentiment de déception partagé ce soir par les rameurs. Il est aussi dommage de ne pas avoir consulté des coureurs locaux, à commencer par Gaétan Séné ou Arthur Daniel qui connaissent parfaitement ce terrain de jeu et qui auraient pu proposer un parcours autre. Un Fred Bonnef, dans sa grande sagesse, n’aurait pas fait l’impasse sur des retours avisés. Que dire de la commission SUP, censée représenter et défendre l’intérêt des coureurs ? À bien relire le règlement édité par cette même commission, je crois qu’il y avait un paragraphe décrivant ce cas précis, l’obligation des organisateurs de consulter un panel de coureurs. Mais qu’importe, c’est maintenant le passé. Au final, ce parcours pour « costauds » a permis de révéler un grand champion, âgé de 17 ans, à l’immense talent et qui n’a pas fini de nous surprendre sur l’eau même s’il est très discret à terre. Bravo Mister Arutkin, ce titre, tu ne l’as pas volé.

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Photo : FFS.

Classements édités par la FFS :

Messieurs
1. Arthur Arutkin (Le Grand Huit, Nord) en 1h21’44
2. Titouan Puyo (Big Bananas, N-Calédonie) en 1h23’13
3. Eric Terrien (JPS44, pays de Loire) en 1h23’31
4. Gaëtan Séné (WSA, Bretagne) en 1h23’45
5. Yoann Cornélis (Seven Island, Bretagne) en 1h24’14
6. Greg Closier (Tomahawk, Brest) en 1h24’36
7. Arthur Daniel (Belharra, Pays basque) en 1h25’13
8. Martin Letourneur (ESUSM, Bretagne) en 1h25’24
9. Vincent Verhoeven (ASC, Vendée) en 1h27’30
10. Dimitri Georges (Arawak, Guadeloupe) en 1h27’38

Dames
1. Céline Guesdon (Paddling in Antibes,) en 1h55’20
2. Melina Berretteau (Sup Calédonie, N-Calédonie) en 1h56’42
3. Cécile Gondre (JPS44, Pays de Loire) en 2h07’35

Moins de 15 ans garçons
1. Clément Colmas (ASPPT Nouméa glisse, N-Calédonie) 44’13)
2. Lois Chardebas (Surf club presqu’île)48’42
3. Jules Langlois (Planete surf) 51’08
Moins de 15 filles
1. Mélanie Lafenêtre (La Cigale, Marseille) 50’07
2. Ines Blatge (La Cigale, Marseille) 1h00’14
3. Emmy Haupert (Extreme, Bandol) 1h08’52

Classements Masters :

Classement Longue Distance Master

Bravo à Lulu Langlois pour sa belle course en Master + Kahunas.

Classement Longue Distance Vétérans +

A propos Franck.d 1523 Articles
Journaliste et photographe, je suis rédacteur en chef du magazine spécialisé sur le stand up paddle (SUP), Get Up SUP Mag. Retrouvez toute l'actualité du stand up paddle sur Get Up, l'actualité des compétitions, les balades, les résultats des riders, les nouveautés des marques de SUP.