Faustine Merret et Eric Terrien s’imposent sur le Nautic SUP Paris Crossing 2012

Eric Terrien

Troisième édition de la traversée de Paris en stand up paddle sur la Seine. Faustine Merret et Eric Terrien s’imposent sur le Nautic SUP Paris Crossing 2012.

Cette épreuve ouverte au grand public, cette année 200 participants, a lieu dans en marge du Nautic 2012 de Paris. Nous avons donc suivi pour vous, le Nautic Stand Up Paddle Paris Crossing (NSUPPC, si si un acronyme pareil , y’a que sur le site de Get Up que vous verrez cela). Un récit, vous verrez haletant, minute par minute, pour lequel nous avons utilisé de gros moyens logistiques. Mais comment aurait-il pu en être autrement ?

Par notre envoyé du rail Franck Debaecker

« C’est emprunt de remords que l’année dernière, j’avais fait l’impasse sur la descente de la Seine en stand up. Trop froid, un peu refroidi par la première édition, je m’étais dit qu’un temps de réflexion était souhaitable. Et puis notre confrère Philippe Lavigne de Supjournal y tenait un live internet (de ceux qui sont mis en exergue par tous les activistes du web du monde en entier), pas la peine donc de lui voler la vedette, grand boulevard aquatique pour ce wikileaks du SUP. Mais en 2012, harcelé par les riders qui me lancent le même refrain « Alors tu viens à Paris », je claque un billet SNCF en première classe pour la capitale ! Et puis de nombreuses marques reviennent au salon nautique exposer leurs nouveautés 2013 pour ces péquenauds de parisiens (et les autres) qui découvrent les joies du stand up et des sports nautiques (je me permets ici ce petit écart de langage affectueux ayant souvent l’impression que nos amis franciliens sont au-dessus de la pauvre mêlée provinciale que nous autres, modestes loyers, incarnons). Après une courte demi journée à faire le tour des stands du salon, je suis encore un « homeless à la merci du froid » quand Michel et Arthur Arutkin m’offrent une aide appréciable, un lit superposé dans leur chambre d’hôtel Ibis. Qu’ils en soient ici et comme à mon habitude remerciés. Alors que je monte dans le camion décoré des Arutkin, je suis loin de me douter qu’alors une succession d’événements vont me conduire à la ligne d’arrivée de cette traversée de Paris en stand up, la NSUPPC.

20h50 : Je suis dans un resto italien avec les Arutkin, Yoann Cornelis et Vincent Verhoeven. Ce dernier, que je surnomme le belge du 44 est, à son grand étonnement, très courtisé par de nombreuses marques du Nautic qui aimeraient que cette révélation du stand up 2012, partenaire d’entraînement de Greg Closier, porte leurs couleurs sur les compétitions 2013. Les propositions sont nombreuses et Vincent est comme un gamin devant un sapin de Noël mais il le mérite au vu de son année.

21H57 : Réception d’un court message téléphonique, suivi d’un appel confidentiel : demain dimanche, j’aurai l’assistance de Sarah Nicolas pour faire des images durant la longue distance. Gros moyens sur cette épreuve, ça bouge chez Get Up.

22h00 : Extinction des feux, le réveil est réglé sur 6h14.

6h10 : Levée des troupes. Michel Arutkin m’assure avoir mal dormi, j’envoie immédiatement une news à l’AFP avec démenti formel et preuve audio en pièce jointe.

6h30 : Nous quittons la chambre. Notre mission : une jonction avec l’hôtel de Yoann Cornelis et Vincent Verhoeven. Pains au chocolat, fruits, jus d’orange, c’est le moment de prendre des forces, on ne se refuse plus rien.

7h00 : Embarquement dans le camion des Arutkin. La voix féminine du GPS lance : « Au prochain feu, tournez à droite ». Michel écrase l’accélérateur sur le périphérique extérieur, sortie Quai d’Ivry. Nous arrivons juste derrière le premier bus des coureurs.

(Cliquez sur l’image pour voir le panoramique).

7H08 : Débarquement du matos. Ce n’est pas le bazar, mais imaginez 200 planches à sortir des housses aux aurores sous les lampadaires. Miuex vaut ne pas perdre sa visse d’aileron ! Chacun porte un soin attentif à son matériel, Eric Terrien installe son aileron, je suis surpris qu’il n’ait pas encore un pro model…

7H18 : Sonni Hönscheid sort sa planche SIC Maui de sa housse. La grande allemande installée entre les Canaries, Sylt et Hawaii ridera pour ce nouveau sponsor en 2012, on y reviendra.

7H30 : Une planche sombre en carbone : la nouvelle board d’Ecomoana de Céline Guesdon (voir diaporama).

7h38 : Rencontre fortuite avec Julien Veron de Rogue France. Il arbore un super Velib’ et m’assure que c’est le plan pour suivre la course. Grand professionnel, je prends les infos qui s’imposent, d’autant qu’une borne de retrait desdits vélos est juste à côté.

7H45 : Didier Lafitte, directeur de course, fait une annonce officielle. Il change la procédure de départ exposée la veille au briefing. Pas de problème pour moi, je n’ai pas trop suivi la version 1 lors du briefing de la veille, ma carte mémoire est donc vierge. Qu’en est-il des 200 participants ?

7h54 : Crépitements des flashs. Robby Naish est en grande discussion avec les frères Lizarazu. Bixente répond à quelques questions de BFM TV, la chaine qui vous donne les cours de la bourse si vous voulez perdre le peu de pognon qui reste. Bixente a un bonnet qu’il porte très haut sur le haut du front, cela lui donne tout de même un petit air de nain de jardin, j’espère qu’il ne m’en voudra pas de cette remarque désobligeante d’autant que l’on a jamais vu à ce jour un nain de jardin faire du SUP.

7H55 : Je salue Peyo, grand surfer.

7H56 : Je suis décidé. Ce sera opération Velib’ ! Je suis devant la borne et reluque les vélos à ma disposition. Je sors ma carte bleue et opte pour l’option 1 du premier menu (il y en a 8 au total). Il me faudra rééditer plusieurs fois le processus avant d’avoir le fameux ticket numéroté et d’y associer le code 2211. Prise de tête assurée.

7H58 : Retour au pas de course pour faire les images d’avant le départ. Je retrouve Sarah Nicolas qui sera en charge de réaliser 1689 photos durant la course histoire de me faciliter un editing serré. Constatant qu’elle a fait sous peu un nouveau brushing, je lui suggère, perfide, le Velib’.

8h05 : Les derniers concurrents se mettent à l’eau, je fais gaffe de ne pas les imiter sur la berge. Les jaunes fluos sont les amateurs, les oranges, les pros. Ces derniers feront en début de parcours le tour de l’île Saint-Louis, soit 2 bornes de plus. Enfin, c’est que j’ai compris.

8h06 : Petite pensée pour notre pote Fred Bonnef alias El Ginato qui nous aurait encore bien fait marrer sur cette épreuve. Fred on t’attend !

8h07 : Le bateau presse arrive près du bord. Philippe Lavigne crie : « Il est où le caméraman ? ». Haussement d’épaule de la part des organisateurs sur la berge. « Tant pis pour lui ! ». Pas de quartier chez les journalistes, le bateau part tambour battant en faisant un grosse vague juste avant le départ.

8h13 (heure GMT non confirmée) : la procédure de départ est imminente. Il fait encore nuit et je n’ai de solution que de faire des filets avec mon optique zoom et la lumière ambiante. Pas génial. Mais le départ est propre, sans accroc, Yoann Cornelis est aux avants postes.

8h15 (heure GMT non confirmée) : Je cours avec la jolie Sarah sur mes talons à la borne Velib’. Faut récupérer nos montures fissa, les gars sont déjà loin avec les 4 nœuds de courant. Pour moi, ce sera le 17, même si mon chiffre fétiche est le 8. Julien Veron nous file un coup de main, merci à lui.

8H15 : Greg Closier vient de se réveiller. Il a la voix enrouée. Toute la soirée, il a chanté du Claude François, surtout sa préférée « Le téléphone sonne ». Avant de s’endormir, il a pris une tisane au miel. Ce matin, il allume ses ordinateurs pour suivre la course sur le site MyGeolive. Manque de bol, ça marche pas sur son mac avec OS X Lion 10.7.5. Son gros chat noir monte sur ses genoux alors qu’il grignote sa première tartine, Greg se dit qu’il devrait peut être ouvrir un post sur le forum de Supfrance.

8h16 : Je pédale sur mon Vélib’ pour retrouver la tête de la course. Au premier carrefour, vitesse numéro 3, j’ai déjà semé Sarah. Une stratégie unilatérale avec division du travail induite, le management du XXI siècle.

8H18 : Je viens de dépasser mon premier bus RATP. Le chauffeur tirait la gueule et m’a klaxonné, ça s’est passé tellement vite que je n’ai même pas eu le temps de voir le numéro. Lance Amstrong aurait eu du mal à me suivre Quai Saint-Bernard et Port de Tournelle. Un vrai contre la montre je suis dans l’aspiration d ‘une Ferrari rouge identique à celle de Thomas Magnum mais le conducteur n’a pas de moustache.

8H27 (heure GMT non confirmée) : Quartier des îles. Je cherche un point de vu propice à une belle image. Super cadre, un peu plus de lumière. Manque de bol, à force de faire le con lors du briefing, je ne me suis pas aperçu que je suis trop avancé et du mauvais côté de la rive. Je suis aveugle. Je sors mon iPad pour un check rapide sur MyGeolive, cela ne marche pas fort. Vincent Verhoeven est en tête, malgré toute l’amitié que j’ai pour lui, il doit y avoir un bug. Amateurisme de ma part, Philippe Lavigne ne se serait pas planté lui. J’appelle Michel Arutkin pour avoir des infos. Il est temps pour moi de recoller sur la tête de la course. Je me remets en scelle.

(Cliquez sur l’image pour voir le panoramique).

8H29 : Après un départ catastrophe, Arthur Arutkin produit enfin son effort et recolle peu à peu avec les premiers. Le gamin « avione » sur sa Sprint 25.5 », Vincent Verhoeven longtemps donné premier sur le live, avouera avoir été impressionné par la vitesse de ce jeune rider.

8H37 : Je fais fumer les pneus de mon Velib’ pour revenir sur les premiers. Je retrouve donc Thomas Hebert, qui chez les amateurs caracole en tête. Il a une confortable avance sur ses poursuivants dont Julien Bouyer.

9H02 : Après être repassé de l’autre côté de la Seine pour avoir la Tour Eiffel en fond, un coup de sifflet retient mon attention. C’est Antoine Albeau sur sa RRD, l’homme le plus rapide au monde en planche à voile, 20 titres de champion du monde, qui se marre en faisant la descente. Il est suivi quelques minutes plus tard par Sébastien Martel qui ride le proto qu’avait Gaétan Séné pour la BOP de Californie. 26 » de large et 5 chutes au compteur, faut dompter la planche.

(Cliquez sur l’image pour voir le panoramique).

9h04 : J’aperçois les premiers dossards oranges qui fondent sur les amateurs devant eux. Je reconnais le style d’Eric Terrien, Gaétan Séné et Yoann Cornelis sont dans le coup.

9H05 : Chute pour Yoann Cornelis. Peut-être le fait le plus important concernant la tête de la course. Alors au contact avec Eric Terrien et l’italien Léonard Nika, Yoann fait une petite chute qui aurait pu lui couter le podium.

9H10 : La ligne d’arrivée est maintenant visible et le sprint est lancé. Eric Terrien imprime un rythme plus soutenu pour faire exploser ses poursuivants et s’assurer la victoire, seul Gaétan Séné peut rester au contact.

9h19 : Eric Terrien franchit la ligne d’arrivée en première position sur sa Bic de 26 » de large, il lève sa pagaie Select au ciel en signe de victoire. Contrat rempli pour la dernière longue distance de la saison. Son temps une heure et 5 minutes (temps à prendre avec réserve, nous l’avons eu avec le temps encodé dans notre photo de départ et celui de l’arrivée d’Eric. A l’heure où nous rédigeons ces lignes, l’organisation n’a pas publié le temps des concurrents, les classements divulgués sur la course étant aussi pour le moins fantaisistes car amateurs et pros étaient mélangés alors qu’ils n’ont pas réalisé le même parcours. Thomas Hebert n’est donc pas le vainqueur de cette longue distance, l’ambiguité aurait mérité d’être levée. Chez les filles, Faustine Merret confirme son potentiel et remporte, à l’instar d’Eric Terrien, l’épreuve chez les filles).

9h20 : Arthur Arutkin passe la ligne avec dans son sillage la nouvelle recrue de F-one, qui courrait pour la dernière fois sur sa Jimmy Lewis, Arthur Daniel. Ces deux larrons seront à surveiller de près en 2013.

9h25 : Lionel Mougin, le rider de Rogue, sort de l’eau : « Super parcours, je me suis régalé ! »

Ils ont dit (propos recueillis juste après la longue distance) :

Eric Terrien : Yoann (Cornelis) a pris un bon départ mais j’ai eu du mal à me mettre dans le rythme. J’ai attendu pour me chauffer. Après Puerto Rico, je n’avais pas ramé. Petit à petit, j’ai repris du rythme. C’est alors devenu intéressant. Avec Gaétan, il y a eu quelques attaques pour faire une cassure. Yoann remontait toujours. J’ai été très surpris de la contreperformance de Casper Steinfath, je le voyais comme un des principaux favoris. Concernant les planches étroites : A chaque fois que l’on passe sur une planche plus étroite, avec le volume d’entrainement que nous avons à haut niveau, on s’habitue. On va encore descendre dans les largeurs, nous avons encore une petite marge de manœuvre, jusqu’à aller trop loin et se planter pour de bon. Enfin, j’aimerai insister sur la procédure de départ qui était bien mise en place. Peut-être faudrait-il demander aux amateurs de rester derrière la ligne des pros, ainsi ce serait plus logique.

Gaétan Séné : Yoann Cornelis et Roman Frejo l’espagnol sont partis en tête jusqu’à la pointe de l’île où on devait virer, 100 mètres avant cette marque, j’ai relancé pour repasser en tête et négocier les contre courants pour ne pas être gêné dans les virages avec ma nouvelle Sprint de 24,5 » (très étroite dans ce type de virage). J’ai longé le bord en faisant attention de ne pas toucher. Derrière, les gars ont touché, au moment de virer l’île, j’avais une vingtaine de mètres d’avance. J’ai maintenu le rythme soutenu et tenté de garder la distance. Quand Eric est revenu, j’ai stoppé net et suis repassé derrière Eric histoire de récupérer. J’ai ensuite tenté quelques attaques, je savais qu’Eric n’allait pas rester avec tout le monde accroché à lui. A chaque fois que je relançais, il revenait. Nous avons eu un petit break mais derrière, nos poursuivants comblaient leur écart. J’ai donc abandonné cette stratégie. Malgré tout, à la faveur de quelques vagues, j’ai tenté de repartir mais je me suis retrouvé trop au bord. Une erreur qui me fait rétrograder à la 6ème place. Grosse frayeur. Je m’étais fixé la statue de la liberté comme dernière limite pour fournir un effort. Yoann a démarré, j’ai pris sa vague suivi par Eric. On a éclaté le groupe de six. Yoann a maintenu son effort. Je me suis installé dans la vague d’Eric. Je crois que Yoann a perdu des forces trop tôt. A ce moment, il m’est apparu évident que le mieux était de suivre Eric, ce dernier avait plus de réserve pour s’imposer, j’ai donc assuré ma seconde place avec Yoann un peu derrière moi.

Yoann Cornelis : J’ai pris un bon départ, je suis parti en tête jusqu’à tourner l’île Saint-Louis. Après c’est revenu et il y a eu du draft. Au bout de 8 km (sur les 12), je suis tombé bêtement. J’étais second et je me retrouve 5ème. Il m’a fallu m’arracher pour recoller. Je finis 3ème sur la longue distance et reste satisfait mais je pense que Gaétan était à ma portée. J’ai réussi à le décrocher sur quelques sprints mais cela s’est joué à trois fois rien. Je suis content pour lui.

© Sarah Nicolas

Epilogue

Outre cette descente de la Seine, il y avait dans l’après midi un second volet qui comptait pour le classement général. Cette épreuve dans le bassin du Nautic comptait coefficient 1, la longue distance coefficient 2. Elle se déroulait sur les planches gonflables 12’6 Naish. De nombreux riders avaient décidé de bouder ce second volet. Finalement, les sponsors des 32 meilleurs ont su trouver les arguments pour les « remotiver ». Néanmoins, l’organisation a changé les règles établies concernant cette partie « sprint indoor ». A l’origine, le premier devait affronter le 32, le 2 le 31ème et ainsi de suite. L’organisation décide d’organiser des chronos pour établir une nouvelle hiérarchie. En outre, comme il manque des postulants, six riders sont désignées têtes de série et n’entrent dans le tableau qu’au second tour. Un tableau modifié qui sera fatal à Gaétan Séné, second de la longue distance qui se prend Eric Terrien au second tour. Et comme les planches sont trop grandes pour la largeur du bassin, pour deux riders du même stance (regular ou goofy), il y a un avantage à prendre le côté gauche du bassin (surtout à la bouée pour virer, le nez de la planche ne rencontrant pas d’obstacles). Cette seconde partie trainera en longueur sans faire l’unanimité. Dommage, saluons tout de même la belle prestation de Peter Bartl (vainqueur) devant Yoann Cornelis. Eric Terrien, chanceux devant Casper Steinfath (le danois tombe contre le meilleur français alors qu’il avait course gagné, E.T en profite pour passer), s’impose au général et empoche le billet d’avion pour Hawaii comme l’année précédente. En 2013, il se dit que Robby Naish lui même aurait suggéré aux organisateurs de ne retenir que le classement de la longue distance (l’épreuve du bassin ne serait qu’obligatoire pour les meilleurs pour valider leur classement). Belle épreuve, de nombreux lots, une organisation en progrès qui au final prend en compte certaines doléances des coureurs et un beau parcours su la Seine : voilà ce qu’il fallait retenir de l’édition 2012 du NSUPPC.

Classements :

1 : Eric Terrien

2 : Yoann cornelis

3 : Roman Frejo

 

1 : Faustine Merret

2 : Manca Notar

3 : Sonni Hönscheid

Photos : Sarah Nicolas.

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Photos Franck Debaecker

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Journaliste et photographe, je suis rédacteur en chef du magazine spécialisé sur le stand up paddle (SUP), Get Up SUP Mag. Retrouvez toute l'actualité du stand up paddle sur Get Up, l'actualité des compétitions, les balades, les résultats des riders, les nouveautés des marques de SUP.